LES ARTISTES

  • Anne VADAGNIN  pianiste, compositeur

    Lorsque le piano a sauté à pieds joints dans les flaques de mon enfance, j'avais 10 ans. Ce grand vaisseau noir et blanc, en lequel se réfugiaient toutes les émotions, m'a immédiatement habité. Patiemment, il a écouté mes peurs , il a redessiné  mes chemins de lumière dont il a fait des passerelles lancées vers les étoiles. Devenu mon passeur de rêves, il a ancré mes racines au plus profond de la terre .

    Depuis nous ne sommes plus jamais quittés ni déçus, voyageant librement sur des océans d'improvisations .

    L'improvisation, un royaume étrange et méconnu chez les musiciens classiques mais dont j'ai fait mien, non par nécessité mais par le désir d'exister par moi-même. Elle a adopté mon âme dès les premiers instants devant mon piano, comme si une partie de moi n'attendait que cette rencontre pour émerger de mon inconscient. Elle me conduit chaque jour sur les sentiers du monde entier, côtoyant les harmonies les plus invraisemblables. Elle restera ma plus belle cathédrale, celle de la liberté, épaulée par l'architecture rigoureuse d'un langage vieux de plusieurs centaines d'années.

    Elle demeure ma première école de composition, à " ciel ouvert"; sous mes mains se glissent les mots vivants, libres, déclinant en des myriades de couleurs les textures de mes pensées, un monde miroitant sur l'infini et l'amour.

    On me demande souvent :"mais comment fais-tu pour dessiner instantanément toutes ces musiques ?".

    En fait, je travaille chaque jour les oeuvres les plus difficiles, Chopin, Bach et quand mon corps est prêt, quand mes mains sont réveillées comme le serait un athlète, je m'abandonne à la musique qui vient à moi. C'est comme si un merveilleux magicien,  au coeur du palais de mes rêves , donnait vie à ces bouleversantes pages où la mémoire et l'histoire valsent sur la ronde du temps.

    Au fil des années, mon histoire s'est ciselée sur le bois précieux d'une résonance , celle d'un amour fou pour la vie et les Hommes qui la font grandir . Mes mains n'ont eu de cesse que de travailler la terre de silence qui s'éveille à chaque instant un peu plus  en mon piano; et puis les rencontres, fruits exquis du destin, sont apparues lumineuses à l'horizon :

  • Cliquez ici pour la suite

     

    Tout d'abord  la  danse comme un mouvement fusionnel avec mon instrument. L'enseignement ensuite et cette envie devenue nécessité de transmettre une philosophie, un rituel de vie, de rendre lisible tous mes portails de couleurs : apprendre et ré-apprendre aussi un artisanat dont la beauté ne cesse de me bouleverser.

    Enfin, comme un lever de soleil, il y eut Valérie, coeur en mouvement, chorégraphiste sur l'infini. "Composes-moi une musique pour le ballet" m' a-t-elle simplement demandé .

    Composer, transformer son savoir en architecture de lumière : mon esprit s'est mis à genoux sur l'éclat d'un rêve. Je ne savais pas si j'y parviendrai, je n'osais pas le dire et pourtant j'ai dit oui.  Un merveilleux voyage initiatique venait de commencer.

    Les paysages se dessinaient entre nos regards complices, nos mains s'apposaient sur les mêmes coeurs et notre instinct puisaient aux même couleurs.

    Nous redessinâmes Camille Claudel, une explosion visuelle, une déchirure sonore; puis il y eut Qualia,  scène ouverte sur les génies artistes de l'aventure humaine.

    Depuis, pages après pages, nous écrivons nos chroniques d'artistes et de mères, histoires singulières de deux femmes ancrées sur la sérénité du temps  présent et à venir.

    Voilà … je suis heureuse d'être ici et maintenant, au coeur de cette nouvelle aventure qu'est TaoFemina..

    J'espère un  jour vous y rencontrer, lecteur -visiteur, et ainsi  vivre pleinement vos mots, la topique de vos couleurs.  Je ne renoncerais jamais à recommencer,  à bâtir ou à rebâtir de nouveaux îlots de silence. et je partirais avec bonheur à la rencontre de  vos rêves sans frontières avec l'impossible; car les êtres ont tant de folie,  de beauté en eux que c'est un merveilleux privilège pour moi,  l'artisane du rêve, de les accompagner vers l'accomplissement de leur liberté.

  • Valérie LACAZE  chorégraphe

     

    Un jour un ami m'a demandé : " Comment fais-tu pour chorégraphier ?"

    Je n'ai pas su lui répondre. Il a alors ajouté : "Mais comment les idées te viennent-elles, les mouvements, la mise en scène ? " Même interrogation. Je ne sais pas. Elles sont là, presque contre tout entendement. Elles occupent mon cerveau comme  des squatteurs ;-)

    Je lis un livre, visite un musée, marche dans une ville, écoute une musique et d'un seul coup, tout m'apparaît, comme un tableau complet : le titre, les solistes, les métamorphoses, les groupes, les costumes, la lumière, les accessoires, la mise en scène et bien sûr les pas. Mais pour les pas, je préfère ne pas trop y réfléchir car j'ai peur de ne pas m'en souvenir le moment venu dans le studio avec les danseurs.  Je me contrains à les mettre en stand-by dans un coin de ma mémoire. Je prends des notes, je dessine tout ce que je peux, les plans, les costumes et accessoires,  la scénographie, et je prie très fort pour pouvoir trouver les moyens matériels de faire aboutir ce qui va devenir une véritable obsession.

    A partir de ce moment-là, je ne cesse d'y penser, le jour, la nuit, en faisant la vaisselle ;-)

    Je suis prisonnière de cette chose indescriptible qui ne se calmera que lorsqu'elle l'aura décidé. En général, c'est plus ou moins après le premier spectacle, quand je sens que c'est abouti et que les danseurs se le sont appropriés.

    Souvent, il y a plusieurs projets qui se bousculent dans ma tête. C'est un peu compliqué mais chaque chose est à sa place. Avec l'âge, j'ai appris à compartimenter. Et puis, être maman a engendré en moi cette capacité à cumuler les fonctions et les responsabilités.

    Je sais que tout cela est un peu surréaliste ...  mais c'est ainsi depuis que je suis tout petite fille.

    J'ai fait subir tant de "répétitions de spectacle" aux amis de ma petite enfance ! Quand à l'âge de 16 ans, en pleine année du baccalauréat, on m'a proposé de chorégraphier une comédie musicale d'une heure trente, je n'ai pas hésité une seule seconde; la peur venait soudainement de changer de locataire ;-)

     

    Si bien des années plus tard l'enseignement me demande toujours beaucoup de préparation, la chorégraphie reste une sorte d'écriture automatique.

     

  • Cliquez ici pour la suite

    Je suis convaincue que cela ne s'apprend pas et ne se réfléchit pas trop.

    Si chorégraphier demande moult réflexions et justifications, cela ne peut être totalement sincère, juste fabriqué et manipulé intellectuellement.

    La création n'est qu'un cri, un souffle vital. Doit-on réfléchir pour respirer ?

    Les danseurs en tant qu'être humains sont au centre de toutes mes créations. Ce n'est, en aucun cas, un moyen égocentrique de projeter sur eux ou de créer à travers eux ce que j'aimerais danser. Jamais.

    Ce sont eux qui m'inspirent ou plutôt qui excitent mon appétit. Je les regarde marcher dans un couloir ou rêver dans un coin et ils m'envoient les signaux involontaires de ce que je dois inventer en eux.

    C'est aussi pour cela que mes chorégraphies ne sont pas aisées à reprendre. Les rôles ont été réglés sur des danseurs en particulier et ne sont pas vraiment interchangeables. Cela ne me pose pas de problème car je ne suis pas nostalgique. La plus intéressante est forcément la prochaine création !

     

    Au final seul le public est maître du devenir de mes travaux. Je lui fait totalement confiance. J'accepte ses réactions.

    Je fais toujours, sans vraiment y réfléchir, des créations qui peuvent être lues à plusieurs niveaux. Je me souviens d'une petite fille russe qui avait vu dans mon final de "Qualia ou la vie d'artiste" deux amoureux qui s'envolaient au dessus des nuages. Le simple fait qu'elle ait eu à rêver me suffisait. Son interprétation était forcément la meilleure pour elle-même, je ne me sentais pas du tout trahie, au contraire j'étais comblée !

     

    Ma collaboration avec Anne Vadagnin tient à la fois du luxe et du privilège: c'est assurément un luxe d'avoir un compositeur quand on chorégraphie. Mais c'est avant tout un privilège de partager avec une telle personne. Je ne crois pas au hasard, nous devions nous rencontrer artistiquement.

    Chacune de nos recherches est particulière. Anne comprend immédiatement mes "folies" et est capable d'un rare ressenti. Nous avançons l'une à côté de l'autre, pétries de doutes et d'interrogations, mais paradoxalement sur une voie très claire et très paisible où la complicité fait loi.

The Tao Femina's Trade Mark & Logo are protected                   Website made by Tao Femina Copyright 2014                 English website translated by www.ip-english.ch